Les abattoirs, victimes privilégiées du Covid-19

22 mai 2020 - Emmanuelle Bordon

Depuis le début de la crise sanitaire due au Covid-19, les abattoirs semblent, dans de nombreux pays, particulièrement concernés par la pandémie. Une situation dont les causes pourraient être multiples et qui inquiète la filière porcine.

Photo : Adobe Stock

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les foyers épidémiques se multiplient dans les abattoirs. Au Québec, Olymel a été contraint de fermer son abattoir de Yamachiche pendant 15 jours en avril. Aux Etats-Unis, les cas de coronavirus en abattoirs ont concerné plus de 5 000 personnes. Un grand nombre d’usines de transformation de viande ont ainsi tourné au ralenti ou même été arrêtées pendant plusieurs semaines. En Allemagne, 183 personnes ont été testées positives au Covid-19 à Coesfeld, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie début mai et 92 cas ont été recensés dans un abattoir de Basse-Saxe à la mi-mai. Des foyers épidémiques se sont également déclarés au Brésil et en Irlande. En France, deux abattoirs porcins sont concernés : Tradival à Fleury-les-Aubrais (45), qui emploie 400 salariés, et Kermené à Saint-Jacut-du-Mené (22), qui emploie 3 400 personnes sur six sites. Ils ont recensé respectivement 54 et 115 cas entre le 15 et le 20 mai.

La fréquence des foyers épidémiques dans les abattoirs interpelle. Au sujet de celui de Fleury-les-Aubray, qui produit 55 000 tonnes de viande de porc par an, le préfet de région a d’abord évoqué son « obsolescence ». Son unité de transformation est en effet fermée depuis décembre 2019 suite à un problème de santé alimentaire. Un point de vue cependant démenti par Tradival, qui a indiqué que sa priorité était de « protéger la santé de [ses] salariés et prestataires » et que des mesures barrières avaient été mises en place dès le 23 mars. Les salariés témoignent en effet qu’ils disposent, comme d’ailleurs en temps ordinaire, de masques, de gel hydroalcoolique, de vêtements spéciaux. « On est dans l’agroalimentaire, au niveau de l’hygiène, ça ne rigole pas », a expliqué à l’AFP Abdel Bouchra, délégué du personnel CGT. Mais « certains prestataires n’ont pas forcément la même rigueur », a-t-il ajouté. En outre, si les distances de sécurité sont respectées dans les ateliers, le reste de l’usine apparaît plus problématique, puisque lorsque la chaîne s’arrête, les salariés restent dans le vestiaire. « Nous sommes entre vingt et trente, alors que le vestiaire fait 15m2. (...) Ce n’est pas possible de respecter les distances de sécurité toute la journée », regrette un ouvrier. Un fait dont témoignent également des salariés de Kermené, pour qui rester à bonne distance pendant toute la journée de travail se révèle impossible, à moins de diminuer la production.

Sous-traitance et atmosphère en cause

Si l’organisation des locaux peut être incriminée dans ces contaminations, il semble cependant qu’elle ne soit pas la seule en cause. Le recours massif des abattoirs à la sous-traitance est en effet pointé du doigt, en particulier chez ceux de France et d’Allemagne, qui font fréquemment appel à des travailleurs détachés venus des pays de l’Est. Le syndicat allemand de l'alimentaire NGG souligne le fait qu’il n’est pas rare que ceux-ci soient hébergés, le temps de leur contrat, dans des logements collectifs exigus, qui favorisent la promiscuité et le manque d’hygiène. La contamination aurait donc pu se faire aussi de cette manière.

Enfin, des études* ont montré que l’atmosphère des abattoirs, généralement maintenue en dessous de 12°C pour des raisons de sécurité sanitaire, pourrait être propice à la persistance des coronavirus, dont celui qui est responsable du Covid-19. Pire encore, dans les zones de précongélation, qui conservent une température de 4°C, le virus pourrait rester actif pendant un mois sur les surfaces métalliques, contre quelques jours à une température plus douce. Et, pour ne rien arranger, la ventilation contribuerait à la dissémination du pathogène.

Il apparaît donc que la vulnérabilité des personnels des abattoirs à la contagion soit le résultat d’une conjonction de facteurs plutôt que d’une cause unique. En France, cette situation inquiète les éleveurs qui redoutent que, comme aux États-Unis, des fermetures d’abattoirs ne retardent les enlèvements.

* Asadi et al., « The coronavirus pandemic and aerosols : Does COVID-19 transmit via expiratory particles ? », Aerosol Science and Technology 2020, VOL. 54, NO. 6, 635 – 638 ; Qian et al., « Indoor transmission of SARS-CoV-2 », medRxiv preprint ; Erin Bromage, « The Risks — Know Them — Avoid Them », billet de blog

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