Leviers de rentabilité. « La productivité, un élément tout aussi déterminant que l’IC global »

11 mai 2020 - Elisa Taurin

Georges Douguet du CERFrance des Côtes d’Armor (22) fait un point sur les leviers sur lesquels l’éleveur peut jouer pour accroître la rentabilité de son atelier porc. Focus sur la productivité.

« Une exploitation porcine performante, donc rentable, est une structure capable de dégager de la marge brute dans l’atelier porc tout en assurant les grands équilibres ; c’est-à-dire une rémunération normale du travail, le remboursement des emprunts à la banque ou aux autres financeurs, ainsi qu’un solde positif offrant une marge de sécurité, une capacité d’autofinancement et la capacité à consolider les capitaux propres », a rappelé Georges Douguet, responsable du service Études au CERFrance des Côtes-d’Armor (22), à l’occasion du forum TransPorç-In’organisé par Wisium en janvier dernier. D’après lui, la rentabilité en porc cherche toujours à résoudre la même équation : (prix de vente – coût de revient) x poids de produit = résultat.

Georges Douguet, CERFrance Côtes d’Armor (22).

« Au départ, la solution paraît simple, mais en réalité de nombreux leviers interviennent dans l’équation », commente-t-il. Concernant le prix de vente, il cite par exemple le mode d’organisation de la filière, la typologie des produits ou encore la contractualisation. Pour lui, cette partie de l’équation monte actuellement en puissance et ne doit donc pas être négligée. Les éléments « coût de revient » (maîtrise du coût alimentaire et des charges de structure notamment) et « poids de produit » (optimisation de la taille de l’exploitation, de la main-d’oeuvre, du poids des porcs vendus,…) font référence aux choix et au niveau techniques de l’exploitation. « Par ailleurs, de nouveaux facteurs apparaissent et il convient de les prendre en compte », ajoute-t-il. Il évoque notamment les réglementations en termes de bien-être animal et d’environnement, qui interrogent sur les bâtiments de demain. Mais aussi les nouvelles attentes sociétales, qui influencent l’élaboration des cahiers des charges et les choix techniques des éleveurs. « Ainsi, l’objectif est de conserver un équilibre entre les leviers actionnés tout en acceptant des évolutions, car il faut toujours s’adapter », affirme Georges Douguet. Pour lui, une réponse uniquement basée sur la technicité peut avoir des limites.

LA PRODUCTIVITÉ, UN LEVIER IMPORTANT

De même, au sein du volet technique, l’IC global est toujours cité comme le levier essentiel permettant d’agir sur le coût de revient. Et ce à juste titre, puisque son amélioration permet de faire baisser le coût alimentaire, qui représentait en moyenne 60,5 % du coût de revient d’un porc sur la période 2014-2018(1) (voir graphique). Mais cet indice n’est pas l’unique critère d’importance. La productivité pèse également dans la balance, comme le montre Georges Douguet. « En effet, celle-ci est un élément tout aussi déterminant dans l’équation de la rentabilité. Selon les données du CERFrance des Côtes-d’Armor, la corrélation entre la productivité et le coût de revient est de - 0,53 pour les exploitations achetant tous leurs aliments et de -0,40 si l’on intègre les producteurs fabricant leur aliment à la ferme. Cette corrélation est quasiment identique à celle existant entre l’IC global et le coût de revient. En outre, plus on est productif, plus on améliore l’IC global (corrélation de - 0,59) », explique-t-il. Ainsi, l’amélioration de la productivité impacte également la marge brute, en permettant d’optimiser les coûts de structure.

D’après Georges Douguet, il faut investir pour se situer dans le quart supérieur en termes de productivité (environ 31 porcs produits/truie/an en moyenne(2)), car on ne peut pas se fixer des objectifs sur ce critère sans avoir les bâtiments et la main-d’oeuvre qui vont avec. « Il est certes intéressant d’être productif, c’est d’ailleurs l’état d’esprit général en production porcine que d’améliorer cet élément, mais il faut penser à gérer cette hausse de productivité, qui est souvent tracée par la génétique », complète-t-il. Pour cela, il décrypte les différentes stratégies possibles :

  • ne rien changer. « C’est le premier réflexe : on tasse, commente Georges Douguet. Mais cela ne peut pas durer éternellement, car on encourt un risque de dégradation du sanitaire et des performances. » ;
  • baisser le nombre de truies. Selon lui, cette option est peu pratiquée pour des raisons de productivité, car elle induit un risque d’augmentation des charges de structure par kilo produit et de manquer de porcelets en cas de problème sanitaire. Elle est plutôt liée à d’autres stratégies (fin de carrière, environnement, cahier des charges, manque de main-d’oeuvre);
  • vendre des porcelets. « Il s’agit d’une solution à court terme, car cela pose un problème de rentabilité ; lorsque le prix des porcelets est bas, il y a une perte de valeur ajoutée. Ce n’est pas une stratégie de fond, mais il peut être logique de vendre un peu de porcelets pour ‘‘protéger le sanitaire’’ et optimiser le nombre de porcs conservés », explique-t-il ;
  • faire appel à du travail à façon. C’est l’option souvent pratiquée. « En effet, elle est plus intéressante que la vente de porcelets, car l’éleveur conserve davantage de valeur ajoutée », affirme-t-il. Cependant, il faut faire attention au niveau technique des bâtiments et à l’organisation. Par ailleurs, il ne s’agit pas vraiment, là non plus, d’un choix durable, car l’éleveur ne capitalise pas. Mais tout dépend de la situation de l’exploitation vis-à-vis de la possibilité de construire un bâtiment (capacité d’obtention de prêts, de permis, d’autorisation, opposition sociétale,…) ;
  • construire un nouveau bâtiment. Cette stratégie à moyen terme, qui est le premier choix à envisager selon Georges Douguet, s’intègre cependant dans un projet global, qui n’a pas pour seul objectif de prendre en compte la hausse de productivité. D’autres raisons y poussent : le rapatriement de places sur site (l’éleveur devient propriétaire, mais c’est plus de travail), le vieillissement des bâtiments et la stagnation des performances techniques, la cohérence générale et l’organisation du travail ;
  • acheter les bâtiments de voisins au lieu de construire. « C’est une possibilité à étudier si on est bloqué sur le plan environnemental par exemple, propose-t-il. En revanche, il faut être conscient des limites du multi-sites et de l’organisation du travail à prévoir. Mais dans les années à venir, il y aura de beaux bâtiments à reprendre ! ».

(1) Source : CERFrance Bretagne(2) Source : CERFrance Côtes-d’Armor, résultats décembre 2019 pour les élevages en 100 % achat d’aliment.

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