Eleveurs vs. Abatteurs : la FNP remet les pendules à l’heure

30 avril 2020 - Claire Walbecque

Entre les représentants des abatteurs et ceux des éleveurs, rien ne va plus ! Au cœur de la discorde : le très discuté prix payé aux éleveurs et la capacité des opérateurs à exporter. La FNP insiste sur la véracité et l’interprétation des données économiques, et affirme que la France ne finira pas dans les premiers de la classe.

« Merci de ne pas prendre les éleveurs pour des bonimenteurs ! ». Tel est le titre du communiqué de presse de la Fédération nationale porcine publié le 29 avril dernier. Celui-ci semble répondre aux propos tenus par Culture Viande, le 23 avril dernier, concernant les prix payés aux éleveurs français et européens et le niveau d’exportation de la filière porcine française. Ces sujets de débats ne sont bien évidemment pas nouveaux… Mais, alors que le syndicat des entreprises françaises d’abattage, de découpe et de transformation de la viande a livré une vision, disons plutôt optimiste, de la filière porcine avec notamment « un niveau de prix rémunérateur assuré à l’élevage porcin » et des exportations en croissance, la FNP, elle, décrit une situation bien plus pessimiste. Entre ces représentants d’éleveurs et d’abatteurs, le ton de la discorde est donné.

Comparer ce qui est comparable !

Derrière ce débat, le fond est mis à mal et non la forme ! « Si l’heure n’est pas à la polémique en ces temps de crise sanitaire, pourquoi discréditer la fédération des éleveurs en utilisant des chiffres partiels qui ne reflètent en aucun cas la réalité d’une situation pourtant simple ? », demande la FNP. Pour elle, ISN, l’indicateur utilisé par Culture Viande pour évaluer les écarts de prix payé entre les éleveurs français et allemands, n’est absolument pas représentatif et précise même qu’utiliser « des chiffres qui ne comparent pas ce qui est comparable est de l’abus de faiblesse ». Les données ISN* sont en effet basées sur des poids chauds alors que la carcasse référente française est établie sur des poids froids, les primes qualités et autre déduction forfaitaire de TVA sont également à prendre en compte. La FNP se base, elle, sur la méthode de calcul développée par l’Ifip et le MPB, qui tient compte des spécificités de chacun pour établir une base comparable. [Spoiler : le détail de cette méthode de calcul fera l’objet de l’article Business du Porcmag de Mai 2020 !] « Il est clairement identifié que les éleveurs français sont moins payés que les éleveurs allemands et espagnols depuis plus de 15 ans en moyenne, s’indigne-t-elle. Au vu des quatre premiers mois de l’année concernant les prix payés aux éleveurs européens, pas besoin d’être grand statisticien pour faire un pronostic et savoir que la France ne va pas finir dans les premiers de la classe !!! ». Cf graphique.

C’est ce qui s’appelle placer le curseur à son avantage

Concernant le volet exportation, si Culture Viande avait mis l’accent sur la progression de 5% des exportations totales de la France du mois de janvier 2020 par rapport au même mois de l’année précédente dans son communiqué, la FNP a elle souligné un chiffre moins encourageant. Même si les ventes à destination des pays de l'UE ont bel et bien augmenté, elle annonce une baisse de 3% des exportations françaises à destination des pays hors de l’Union européenne, avec 19 000 t exportées en janvier 2020 contre 19 598 T en janvier 2019. De quoi « se poser des questions sur la capacité et/ou la volonté à exporter ! », selon la FNP. Il est décidément difficile de « trouver l’union » dans la filière porcine…

* ISN = Interessengemeinschaft der Schweinehalter Deutschlands e.V, ce qui signifie « association d'intérêt des éleveurs de porcs de l'Allemagne »

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