Arrêt de la castration à vif : aller-retour entre les organisations

21 décembre 2020 - Florent HOFMANN

L’échéance de l’arrêt de la castration à vif régie par l’arrêté du 24 février 2020 approche. Pour faire face à ce bouleversement pour la filière porcine, Culture Viande et le CRP de Bretagne proposent successivement leurs axes de travail.

Le compte à rebours a commencé. Il reste un peu plus d’un an à la filière porcine pour s’organiser et mettre en place les dispositions nécessaires pour répondre à l’arrêté du 24 février 2020 interdisant la castration à vif des porcelets. Dans un communiqué du 14 décembre 2020, Culture Viande appelle tous les maillons de la chaîne porcine à réfléchir « aux moyens techniques, juridiques et économiques à mettre en œuvre pour poursuivre la castration dans le cadre de la loi ».

Néanmoins, la position prise par Culture Viande est ambiguë. Si le groupe d’entreprises souhaite laisser le choix aux éleveurs de poursuivre ou non la castration, il n’oublie pas de relever les points négatifs du mâle entier (teneur en maigre élevée, risque d’odeur, etc.) et rappelle qu’il existe d’autres réelles alternatives à la castration à vif. Une plaidoirie en faveur de la castration à peine cachée : « Rappelons que la pratique ancestrale de la castration précoce des porcs mâles en élevage a justement pour but d’éviter les risques – liés à la production de mâles entiers – et de prévenir en élevage des comportements agressifs des animaux. » Et d’ajouter que l’argument de bien-être animal est avancé à tort par les défenseurs des mâles entiers. Culture Viande précise aussi que le bien-être animal doit se mesurer sur l’ensemble du cycle de production et qu’au stade de l’abattage, le groupe d’entreprises « assure avec rigueur et respect toutes les règles de la protection animale. »

Par ailleurs, Culture Viande donne un coup de pied dans la fourmilière en interpellant les salaisonniers et les distributeurs qu’ils jugent trop discrets et à qui l’organisme demande de réagir.

Enfin, Culture Viande rappelle qu’il est temps d’agir et se dit prêt à engager la concertation et le débat. Une proposition qui n’est pas passée inaperçue auprès du Comité Régional Porcin (CRP) de Bretagne qui a lui aussi soumis ses idées pour « construire une filière responsable ».

La réponse du CRP de Bretagne

L’avis du CRP de Bretagne prend une direction inverse. Il relève une orientation politique et sociétale très forte de l’arrêté du 24 février. Il soumet l’idée que la production de mâles entiers devienne la référence et que la pratique de la castration fasse l’objet d’une dérogation. Le CRP de Bretagne s’est lancé trois chantiers pour accompagner ce changement de pratique. Ainsi, il s’investit pour 1) « obtenir de l’Etat des dispositions réglementaires, en matière de castration, pour les seules productions dérogatoires. » Il admet que pour certains besoins du marché, les mâles castrés sont nécessaires et que ces porcs devront être valorisés par des plus-values dédiées et définies dans une grille de paiement afin de compenser les surcouts liés à la castration. Le groupe représentant les groupements d’éleveurs bretons souhaite 2) que soit définit les règles de mise en marché à travers la définition du prix de base du mâle entier, un contrôle des odeurs des carcasses par Uniporc Ouest et une équité dans la valorisation des porcs. Enfin, 3) le CRP de Bretagne aimerait une montée en gamme et promouvoir le porc français.

Le CRP de Bretagne rappelle, dans un communiqué du 18 décembre, que toutes les actions engagées « doivent aboutir à une synthèse, à la fois de l’orientation politique du pays, des besoins des consommateurs et de l’attente des citoyens » et qu’elles seront menées en concertation avec les autres CRP du Grand-Ouest.

Le comité espère que ces propositions seront étudiées lors de la prochaine réunion de travail des Organisations de Producteurs de l’Ouest et des abatteurs prévue le 21 janvier 2021. Par ailleurs, il assure qu’il « n’acceptera pas de report de l’échéance réglementaire du 1er janvier 2022 mettant fin à la castration à vif des porcelets. »

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