Bigard maintiendra la castration, les éleveurs s’organisent

31 mai 2021 - Estelle POLETTE DE OLIVEIRA

Alors que la date fatidique du 1ier janvier 2022 se rapproche, Thierry Mener, directeur de la filière porc Bigard a annoncé la poursuite de la castration, cette fois-ci sous anesthésie, pour les porcs mâles que son groupe va abattre. De leur côté les représentants de l’association Pour le Bien-être animal porcin et la non-castration des porcs organisent une réunion d’information et d’actions.

Thierry Meyer, directeur de la filière porc du groupe Bigard

Plus de doute. On savait le groupe Bigard hostile à l’abattage de mâles entiers. Mais le 21 mai dernier, Thierry Meyer, directeur de la filière porc du groupe, a annoncé lors d’une conférence de presse organisée par Herta pour présenter sa démarche « Engagé et Bon » que « Bigard maintiendra la castration en 2022, pour 100 % des animaux abattus par le groupe », sous-entendu, pour ceux à destination d’Herta également. Pour le leader de la charcuterie française détenu à 60 % par le groupe espagnol Casa Tarradellas, c’est un revirement de situation puisque l’entreprise, mi-2020, avait annoncé souhaiter privilégier l’élevage de mâles entiers.
C’est avant tout pour des raisons qualitatives que Bigard veut conserver la castration. « Il existe de nombreuses différences entre les viandes d’animaux entiers et castrés, comme le profil d’acides aminés ou la présence de gras. Les mâles entiers sont beaucoup plus maigres et rappelons-le, le goût provient du gras », défend avec force Thierry Meyer. Et de poursuivre « afin de répondre à la nouvelle réglementation qui interdit la castration à vif au 1ier janvier 2022, depuis plusieurs années, des protocoles d’anesthésies locale et générale sont testés. Pour le moment nous n’en n’avons pas les résultats. » La vaccination contre les odeurs de verrat n’est également pas à l’ordre du jour du groupe.

L'anesthésie, pour quelle plus-value?

Côté rémunération, Bigard semble décidé à « assumer cette demande de qualité ». Néanmoins, en l’absence d’une méthode d’anesthésie validée, impossible pour l’industriel d’évoquer le montant de la plus-value. Thierry Lambert, président du groupement Porvéo et éleveur de mâles entiers était également présent lors de cette conférence de presse pour représenter les éleveurs inscrits dans la démarche Herta « Engagé et Bon ». Il a tenu à rappeler que « la castration est un geste désagréable pour les éleveurs » et que « l’utilisation d’anesthésiant aura un coût non négligeable qu’il faudra prendre en charge ». Pas un mot en revanche sur une éventuelle contrepartie financière afin d’équilibrer le différentiel de performances de croissance et d’indice de consommation entre mâles entiers et mâles castrés.

"Le Ministre doit donner satisfaction à des milliers d’éleveurs plutôt qu’à une dizaine d’abatteurs "

Jean-Jacques Riou, président de l'association Pour le Bien-être animal porcin et la non-castration des porcs

Du côté de l’association Pour le Bien-être animal porcin et la non-castration des porcs, l’avis n’est pas le même. Pour Jean-Jacques Riou, son président, « les éleveurs ont tout intérêt à arrêter la castration. Avec environ 2 € par porc pour l’anesthésie et 8 € pour les performances techniques, le manque à gagner est de 10 € par animal. La castration sous anesthésie ne doit ainsi pas être généralisée. Elle doit rester dérogatoire », détaille l’ancien éleveur. Et de poursuivre, « pour cela, il nous faut rapidement intervenir auprès du Ministre de l’Agriculture car celui-ci doit bientôt valider les protocoles d’utilisation des anesthésiants. Il doit absolument stipuler dans ce texte que cette pratique doit rester dérogatoire. Le Ministre doit donner satisfaction à des milliers d’éleveurs plutôt qu’à une dizaine d’abatteurs ». C’est dans cet esprit que l’association organise demain à 17 h une réunion d’information et d’actions à la salle de la Tannerie de Lampaul Guimiliau (29). « Tous les éleveurs désireux d’arrêter la castration sont les bienvenus », explique J. J. Riou. Un événement qui sera également à suivre sur la page Facebook de Porcmag.

 

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