« Chaud dedans ! »

12 septembre 2022 - Mathilde Brion

Alors que les vagues de chaleur ne faiblissent pas en cette fin d’été et que les épisodes caniculaires devraient s’intensifier dans les années à venir, il devient urgent de prendre en compte le changement climatique dans les pratiques d’élevage.

Plein air à l'ombre des forêts jurassiennes

Prendre en compte le changement climatique dans les pratiques d’élevage et mettre un terme aux souffrances des animaux par fortes chaleurs : telle est l’ambition de la dernière campagne menée par l’ONG Welfarm et intitulée « Chaud dedans ! ».

Cet été, l’augmentation des températures a dépassé le seuil de tolérance des animaux d’élevage dans de nombreuses régions. « Nous avons pu constater des épisodes importants de mortalité lors des fortes chaleurs. Cet été, les transports ont pourtant continué et nous avons reçu des centaines de signalements sur notre application TruckAlerte, à l’exemple d’un transport de porcs par plus de 40 °C », se désole Marie Waniowski, chargée de mission campagnes et plaidoyer pour Welfarm.

Un recours plus important à l'équarissage

Dans un rapport remis aux pouvoirs publics et au ministère de l’agriculture suite à la canicule de 2019, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) avait déjà signalé une augmentation des services d’équarrissages pouvant monter jusqu’à 40% dans les élevages. « Ce retour de terrain souligne que ce sont les filières industrielles qui ont subies le plus de pertes par rapport à toutes les autres filières de production. Il y a donc une réflexion de fond à mener sur les pratiques d’élevage mais aussi les choix génétiques et l’alimentation », précise Sandy Bensoussan-Carole, chargée d’études bien-être animal pour Welfarm.

La filière porcine ne fait pas exception et dispose de nombreux leviers d’action pour s’adapter à l’évolution climatique.

Des répercutions à géométrie variable

Bien connaître les animaux est essentiel pour prendre des mesures pertinentes car s’ils souffrent tous de la chaleur, ils ne la ressentent pas de la même manière selon la race et le stade de leur vie. « Les porcelets ont ainsi une plage de confort plus restreinte que les porcs adultes. Mais quoi qu’il en soit, ce sont des animaux particulièrement sensibles car ils ne transpirent pas. Ils halètent et se rafraîchissent par la peau, ce qui va les inciter à rechercher la fraîcheur du sol », explique la spécialiste.

Selon la configuration des bâtiments et les possibilités qu’ils donnent aux animaux pour exprimer leurs comportements naturels, les modes d’élevage ont donc un impact majeur sur le ressenti des températures. « C’est surtout le cas avec les fortes densités qui ne permettent pas aux cochons de s’étendre de tout leur long sur le sol. La productivité rentre aussi en compte car plus les animaux sont productifs et plus leurs besoins sont élevés et leur dissipation de chaleur difficile », ajoute Sandy Bensoussan-Carole. Loin d’être anodine, la prise en compte de ces critères de base permet déjà à certains éleveurs de tirer leur épingle du jeu.

Des solutions existent

En effet, la canicule n’a pas été synonyme de surmortalité pour tous les élevages, à l’exemple du groupement Bio Direct qui réunit une centaine d’éleveurs porcins. « Il n’y a pas eu de pertes à signaler ni de baisse de performances. Les animaux n’ont pas souffert de la chaleur, sauf quelques truies qui font de l’hyperthermie à la naissance. Le groupement n’a d’ailleurs jamais aussi bien sevré que cette année, avec une moyenne de 11,5 porcelets par truie », témoigne Aline Cassan, animatrice et coordinatrice du label Bio Cohérence.

Soumis à un cahier des charges exigeant, ces élevages se caractérisent notamment par des densités faibles et des bâtiments à ventilation naturelle assurée par une grande hauteur sous faîtage, mais également un accès à des parcours ombragés avec présence de bauges et accès à l’eau.

Chaleur et sècheresse sur les terrains exposés

« Il est toutefois très important de ne pas idéaliser le plein air qui peut aussi avoir des inconvénients, comme l’excès de pluie et de boue où encore la chaleur et la sécheresse sur terrain exposé. Le plein air doit avant tout être bien pensé, en ne perdant pas de vue que le cochon est à l’origine un animal forestier », souligne Rodolphe Oussin, éleveur de cochons en pleine forêt dans le Jura. Mais tant que les pertes d’animaux ne compenseront pas les investissements, il faudra régler une question essentielle pour améliorer les conditions d’élevage à grande échelle : le prix.

D’après le webinaire « Chaud dedans » organisé par Welfarm, le 22/08/2022.

 


Les demandes de Welfarm :

  1.  Réduire les densités dans les élevages
  2. Garantir un environnement adapté aux besoins des animaux
  3. Interdire les transports par fortes chaleurs
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