Bilan antibiorésistance 2018 de l’Anses : difficile de faire mieux pour certaines molécules

22 novembre 2019 - Elisa Taurin

Le bilan de l'année 2018 dressé par l'Anses confirme les tendances à la baisse du tonnage d'antibiotiques vendus, de l'exposition des porcs et de la résistance des bactéries à ces molécules. Des limites pourraient cependant avoir été atteintes pour certaines familles d'antibiotiques.

Crédit : Adobe Stock

Ce lundi 18 novembre, à l’occasion de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques et de la journée européenne de sensibilisation à la bonne utilisation de ceux-ci, l’Anses a publié ses deux rapports annuels faisant le point sur la situation de l’antibiorésistance en santé animale en 2018.

Le premier rapport, qui propose un suivi des ventes de médicaments antibiotiques en médecine vétérinaire en France, révèle que le volume total écoulé en 2018 s’élève à 471 tonnes et s’inscrit en baisse de 5,5 % par rapport à l’année 2017 (499 tonnes). D’après l’Anses, « il s’agit du tonnage le plus faible enregistré depuis le début du suivi en 1999 (1 311 tonnes). Une diminution de 48,2 % est observée par rapport à 2011, année de référence pour le premier plan Ecoantibio. Cette évolution est en grande partie imputable à une diminution des ventes d’antibiotiques administrés par voie orale ». 35% du tonnage d’antibiotiques vendus serait à destination des porcs, soit 167 tonnes (voir tableau). Cela représente une baisse de 8,1 % par rapport à 2017 et de 53 % comparé à 2011.

35% du tonnage d'antibiotiques vendus à destination des porcs
 BovinsPorcsVolaillesLapinsChats & ChiensOvins & CaprinsChevauxPoissonsAutresTotal
Quantité vendue (tonnes)136,13166,6786,2928,2416,2027,528,901,080,45471,49
Part de chaque espèce (%)28,8735,3518,305,993,445,841,890,230,10100,00

Source : Anses

Par ailleurs, le rapport indique que l’exposition globale des animaux aux antibiotiques a diminué de 38,4 % par rapport à 2011 (-72,5 % pour les prémélanges médicamenteux, -41,6 % pour les poudres et solutions orales et -9,4 % pour les injectables). Cependant, elle a augmenté de 0,7 % entre 2017  et 2018. Mais celle-ci varie selon les espèces, car concernant les porcs, elle a encore baissé de 2,7 % en 2018 (ALEA* de 0,607 vs 0,624 en 2017). « Après une diminution globale importante sur les dernières années du recours aux antibiotiques d’importance critique (-94,1 % pour les céphalosporines de dernières générations et -87,8 % pour les fluoroquinolones entre 2013 et 2017), un rebond de l’exposition est observé entre 2017 et 2018. La fréquence des traitements avec ces antibiotiques reste néanmoins très faible », précise l’Anses. Et d’ajouter : « En 2018, l’exposition globale à la colistine a diminué de 55,2 % par rapport à l’exposition moyenne calculée pour les années 2014 et 2015 ». Pour les porcs, elle a baissé de 63,2 %, permettant à la filière porcine d’atteindre et même de dépasser l’objectif de réduction de 50 % fixé par le plan Ecoantibio 2017-2021. Un report limité des utilisations vers d’autres familles d’antibiotiques a été observé.

Ainsi, pour l’Anses, « ces résultats sont dans l’ensemble très positifs mais indiquent que des limites pourraient avoir été atteintes pour certaines familles d’antibiotiques et soulignent que les efforts en vue d’une utilisation prudente et raisonnée des antibiotiques en médecine vétérinaire doivent être poursuivis ».

La baisse de l’antibiorésistance se confirme

Le second rapport, qui mesure les niveaux d’antibiorésistance chez l’animal et dans les aliments, se base pour 2018 sur plus de 55 400 antibiogrammes collectés par le réseau Résapath, dont 6,4 % en porc. D’après celui-ci, les tendances à la baisse de la résistance des bactéries aux antibiotiques critiques se confirment. L’année dernière, la proportion de résistance d’E. coli aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations aurait été inférieure à 2 % en porc comme en volaille, ce qui est plus faible que pour les autres espèces étudiées (jusqu’à 6,5 %). Concernant les fluoroquinolones, elle est inférieure à 4 % pour le porc (entre 3,5 et 8 % selon les espèces). Pour ce qui est de la colistine, les données montrent une situation maîtrisée sur les dix dernières années, avec une baisse constante de la résistance à cet antibiotique. « Et pour les autres antibiotiques, la dominante globale est une tendance à la stabilisation », affirme l’Anses. Entre 2011 et 2018, la proportion de souches sensibles a été multipliée par deux ou plus en filières porcine et avicole. Et sur cette même période, la proportion de souches multi-résistantes est en diminution significative dans toutes les espèces sauf chez les équidés.

Ce même jour, l’agence a également posté une vidéo sur Youtube sur le thème « C’est quoi l’antibiorésistance », réalisée avec Jean-Yves Madec, responsable du pôle antibiorésistance à l’Anses.

* Indicateur d’exposition des animaux aux antibiotiques

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