Au forum des JA 35, une jeunesse déterminée et dévouée à l’élevage

11 octobre 2022 - Joshua Daguenet

Une centaine d’étudiants a visité l’exploitation de Lorenza Lucas, à Châteaubourg (35), lors d’un forum de l’installation organisé par les Jeunes agriculteurs d’Ille-et-Vilaine.

Les élèves ont investi l'élevage de Lorenza Lucas entre 10 heures et 16 heures

L’interview vidéo de Lorenza Lucas, éleveuse, et François Dufil, responsable installation des JA 35

À la question « Qui projette de s’installer à court ou moyen terme ? », les trois quarts de mains se lèvent. 97 étudiants de trois classes BTS ACSE et BPREA de Montfort-sur-Meu et Saint-Aubin-du-Cormier (35) sont venus visiter l’EARL Les Tonnelières.

Lorenza Lucas les reçoit. Installée à Châteaubourg (35) le 1er février 2021, elle a été choisie par les JA 35 pour accueillir le jeudi 29 septembre 2022 le « grand forum à l’installation ». L’éleveuse travaille avec une salariée à plein temps, un salarié à mi-temps — son conjoint — et un apprenti pour un cheptel de 120 truies naisseur-engraisseur conduites en 7 bandes. L’exploitation compte par ailleurs deux poulaillers de 4 400 poulets chacun et 30 ha de SAU.

Pendant la visite de l’élevage porcin, la cheffe d’exploitation confie : « Je fais du porc depuis 13 ans. Ici, je gère les naissances. L’engraissement, ce n’est pas trop mon truc ». Les jeunes saluent « une journée bien organisée » et la « propreté » de l’exploitation familiale.

La filière porcine attire peu la jeunesse

Emmanuelle Paul est enseignante depuis 25 ans

Répartis en deux groupes, une partie des élèves découvre l’élevage pendant que leurs camarades rencontrent les entreprises et groupements qui ont installé leur stand. Emmanuelle Paul, en charge des étudiants de Montfort-sur-meu, souligne le manque d’attractivité de la filière porcine : « Les élèves sont davantage portés sur la production laitière. Ce matin, en arrivant, beaucoup étaient déçus de ne pas voir de vaches ».

Deux élèves expliquent pourquoi ils n’envisagent pas leur avenir dans le porc : « Mes parents ont un bâtiment porc datant du début des années 70. C’est bien de s’occuper de plusieurs espèces, mais de là à ne faire que du cochon… ». « Je souhaite être dans le lait, comme mes parents. Je n’ai pas trop eu l’occasion de faire du porc », reconnait son camarade.

Yvon Glatre, conseiller développement et génétique chez Evel’Up1, veut croire au rebond : « L’enjeu est de se faire connaître et démystifier les métiers autour du porc. Le métier est dévalorisé, mais aujourd’hui, la production porcine évolue et permet de se diversifier en faisant par exemple de la culture ».

La Cooperl a accueilli ses premiers " Compagnons " en 2019

Ronan Rivoal, technico-commercial à la Cooperl en charge du programme Compagnons Cooperl, complète : « Il faut ouvrir les bonnes portes pour que les jeunes ne connaissant pas le porc puissent porter un autre regard sur l’élevage porcin. Il y a une méconnaissance de base car le porc est un animal enfermé, qu’on ne voit pas. Mais il devient de plus en plus difficile d’ouvrir les portes. Il faut partir de la réalité. La paille et le bio existent mais le caillebotis intégral représente le gros de la production. »

Roulez jeunesse !

Une réalité qui n’est pas en phase avec les attentes des jeunes, comme l’illustrent les propos de Sidonie, 18 ans. Elle expose ses ambitions dans le porc : « Je me dirigerai vers le bio car je ne suis pas fan du système caillebotis. Je souhaiterais élever des cochons sur paille et avoir d’autres productions à côté : des vaches laitières, des bovins allaitants voire des chevaux. Je souhaiterai développer une ferme pédagogique ».

Déjà compétente pour « assurer les mises bas, reconnaître un cochon qui ne va pas bien » ou encore « ajuster la dose d’aliment » ; « détecter les truies en chaleur », l’étudiante se félicite de la visite chez Lorenza Lucas : « Cette journée permet de se rendre compte des difficultés de l’installation, de comprendre les étapes, ce qu’il est préférable de mettre en place, ce qu’il faut éviter ». Heol, du même âge, a lui aussi choisi la filière porcine : « J’ai hésité parmi les espèces. J’ai fait des stages en lait, en bovin et en volaille et je préfère le porc pour le contact permanent. Les vaches, hormis pour la traite, on ne les côtoie pas beaucoup… ». Pour Sidonie, les motivations sont sensiblement similaires : « Je ne suis pas issue du milieu agricole, admet la bachelière pro CGEA. C’est mon cousin qui m’a amenée dans les exploitations et à la MFR de Ploudaniel. Pour moi, ça a été une révélation. J’ai une vraie passion pour les cochons. Je veux passer du temps avec eux. J’ai envie de m’installer plus tard pour avoir mes propres animaux ».

Yvon Glatre, qui couvre pour la deuxième fois un forum organisé par les JA, est plutôt enthousiaste sur les rencontres du jour : « Les BTS en alternance posent les bonnes questions, par rapport à nos recherches, aux conditions de travail améliorées et à la rémunération ».

Yvon Glatre, conseiller développement génétique chez Evel'Up

Emmanuelle Paul tempère : « Ils viennent d'entamer leur cycle de formation qui va durer deux ans. Ils se disent qu’ils ont encore le temps » alors que les choses vont très vite s’accélérer. Leur prochaine aventure les conduira à l’étranger. Heol, lui, se réjouit déjà de son stage de 4 à 6 mois au Danemark à partir d’avril 2023…

Une vingtaine de stands ont été parcourus par la jeunesse au forum à l'installation

1 L’ensemble des partenaires présents, par ordre alphabétique : Alterrenative'35 ; BPGO ; Cer France ; CETA 35 ; CMB ; Cogedis ; Cooperative Evelup ; Cooperl ; CRAB / PAI ; Crédit Agricole ; Eureden ; Gan assurance ; Groupama ; Icoopa ; JA ; Le Gouessant ; MSA ; Neolait ; Sanders Ouest ; Savencia ; SDAEC

 

 

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