Marché du porc breton : 50 ans mais plus tout son mordant

25 juillet 2022 - La rédaction Porcmag

Le 15 juin 2022, le marché du porc breton a soufflé ses 50 bougies. Au cours d’une matinée de célébrations mais aussi de préoccupations, l’institution dirigée par François Pot s’est affirmée comme une entité indispensable au bon fonctionnement de la filière porcine.

En 1961, Saint-Pol-de-Léon instaure un marché au cadran pour fixer le prix des légumes. Onze ans plus tard, Guerlesquin (Finistère) est le théâtre de la naissance du Marché du porc breton pour répondre à de multiples problématiques : le conditionnement, la pesée, le délai de paiement ou encore la référence de prix. Un marché monté de « façon passionnelle » pour Pierre Rannou, ancien président de groupement : « Il y avait les pour et les contre dès le départ. Les coopératives qui avaient investi dans les outils industriels de transformation étaient opposées. Un peu les politiques, aussi ».

Le MPB a été initié « par des éleveurs qui refusaient le concept des coopératives et qui se voulaient plus indépendants » précise Jean-Noël Guégan, premier chef des ventes au MPB. « En 1972, il était très difficile pour un paysan au fond de sa campagne d’avoir l’information des cotations », rapporte de son côté Stéphane Gouault, directeur de l’IFIP, ajoutant : « Les abatteurs de l’époque manipulaient ces informations à leur bénéfice ». Avec la mise en place du MPB ils ont dû recevoir des agents envoyés par les groupements pour peser et classifier, entraînant l’uniformité du classement entre les abattoirs.

Lors du premier mois du marché, « 40 à 50 acheteurs s’étaient réunis », se souvient Bernard Marchand, ancien directeur général du groupe Jean Floc’h : « C’était vraiment l’endroit où toute personne pouvait trouver la matière première à disposition tous les lundis, tous les jeudis, à condition d’être compétent ».

Philippe Bizien préside Evel'Up et le CRP Bretagne.

Jouer le « jeu » ensemble et non pas le « Je »

Si le « collectif » a été mis en avant dans le film « Une aventure collective », produit par le MPB et réalisé par Franck Jourdain et Benoit Evano, Michel Bloc’h, président de l’UGPVB, a constaté l’étendue de la tâche qui attend l’institution en déplorant l’absence des éleveurs à cet événement.

« C’est par le collectif et non par le « je » que pourra perdurer le marché du porc breton. » François Pot, son président, n’entend pas abandonner face aux difficultés : « Notre filière ne tiendra que si elle est organisée. Seul, on n’est rien. Organisés, on peut-être très fort ». Le MPB va-t-il inverser le cours… des événements ?

Le Gouessant : Regrettant la stagnation des prix au Cadran, le président du Gouessant, Thomas Couëpel, estime que pour contrebalancer la hausse du prix des matières premières agricoles, additifs ou énergie, le prix du porc devrait atteindre 2,05 €/kg le kilo, loin du plateau de 1,7 € auquel il a stagné en mai-juin 2022.
La Cooperl : Patrice Drillet, président de la Cooperl, résume pareillement la situation : « 80 % des éleveurs français perdent de l’argent. Le cours du porc doit atteindre 2 euros pour leur permettre de commencer à dégager des bénéfices ».
Evel'Up : Début mai, Evel’Up faisait le constat amer que 80 % des porcs présentés au marché étaient à l’initiative de deux seules coopératives (Evel’Up et Porélia), qualifiant le marché de « simulacre », dans l’incapacité de suivre les pics saisonniers et faire profiter aux éleveurs les dynamiques de marché. Son président Philippe Bizien, présent aux 50 ans du MPB, a saisi l’occasion pour appeler à des « négociations collectives menées par l’AOP Porc Grand Ouest ». Tout en soulignant la « difficulté à être représentatif quand il y a moins d’acheteurs », il a décrété dans son rapport d’orientation concluant l’assemblée générale du Comité régional porcin Bretagne, dont il est également à la tête : « Il faut viser un prix cadran à 2,10 / 2,15 euros pour l’été ».
Porc Armor Evolution : « Nous restons attachés au MPB, le prix de base reste la référence, a rappelé Philippe Lecornué, président du groupement Porc Armor Evolution à l’occasion de son l’assemblée générale du 21 juin. Une référence qui ne peut refléter les réalités du marché qu’avec un nombre de porcs suffisants ». C’est pourquoi Porc Armor Evolution conforte sa part d’apport à 12,45 % de ses volumes et vise rapidement les 15 %. Pour inciter les éleveurs à proposer des porcs au MPB, le groupement leur verse une prime de 70 cts par charcutier. Cette incitation est financée par un prélèvement de 10 cts/porc commercialisé.

Dates clés du MPB

  • 15 juin 1972, première cotation.
  • 1973 : Création d’Uniporc par le MPB pour garantir les opérations de pesée.
  • 1983 : Jean-Pierre Joly prend la direction du MPB. Il ne la quittera que 34 ans plus tard.
  • 2015 : Une crise historique entraîne le départ de la Cooperl et Bigard. L’apport de cochons est divisé par deux lors de la reprise.
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