Prélever des bouts de langue pour identifier le SDRP
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- Auteur : Anne-Solveig ASCHEHOUG
« Pendant longtemps, le diagnostic SDRP (Syndrome dysgénésique et respiratoire porcin) a reposé exclusivement sur des prélèvements sanguins , a expliqué Silvia Turci vétérinaire chez Breizhpig lors du congrès de l’AFMVP, en présentant son étude fruit de la collaboration entre Breizhpig, Boehringer Ingelheim et le laboratoire Labocea Ploufragan. Dernièrement, des nouvelles approches ont été développées et validées comme l’utilisation des fluides oraux individuels ou collectifs ou encore les fluides de soins. » Ces derniers, en particulier, présentent l’avantage d’être faciles à mettre en œuvre (les prélèvements pouvant être réalisés même par les éleveurs), d’augmenter la sensibilité du diagnostic à l’échelle de l’élevage, de pouvoir réaliser aisément un séquençage du virus et de limiter les coûts d’analyses. Cependant, depuis l’interdiction de la castration à vif en janvier 2022 en Europe, beaucoup d’élevages ont fait le choix d’élever des mâles entiers et, dans ces cas, les « fluides de soins » ne sont plus disponibles.
Plus récemment, les jus obtenus à partir de bouts de langue issus d’animaux morts ont été décrits comme une alternative pour le diagnostic du SDRP. En Espagne, par exemple, cette pratique est utilisée pour suivre l’évolution du SDRP chez les truies ayant connu des épisodes aigus de la maladie et pour évaluer dans le temps les effets de la mise en place de mesures de contrôle.
Afin d’évaluer cette méthode en France, un test « à blanc » a d’abord été réalisé pour évaluer la faisabilité de la collecte de bouts de langues. Ensuite, la capacité de détection du SDRP dans les bouts de langues d’animaux morts (porcelets morts-nés et porcelets morts pendant la lactation) a été évaluée dans deux troupeaux d’élevage bretons : un élevage « témoin » négatif (N) et un élevage positif (P) présentant des signes cliniques récents suggérant une infection par le SDRP en fin de gestation, confirmée par des analyses sur des truies malades. Pour chaque élevage, des PCR SDRP ont été réalisées sur des bouts de langues issus de porcelets morts nés et sur des porcelets morts pendant la lactation. Elles ont été comparées aux PCR effectuées sur 30 échantillons de sang prélevés sur des porcelets du même lot que les bouts de langue.
Dans cette étude, la cohérence entre les résultats de la PCR sur les bouts de langue et sur les sérums des porcelets a confirmé la pertinence de la méthode. Pour l’élevage P, la charge virale SDRP sur les bouts de langues a également permis le séquençage de l’ORF5 et l’ORF7 et les résultats étaient similaires à ceux obtenus sur les sérums.
« Cette étude confirme l’intérêt de l’utilisation des bouts de langues des porcelets morts-nés pour l’évaluation de la transmission verticale du SDRP et l’information complémentaire apportée par les porcelets morts pendant la lactation, conclut Silvia Turci. Cette approche est facile à mettre en œuvre et non invasive et peut notamment être utilisée dans les élevages qui ont arrêté la castration. La qualité des échantillons permet le séquençage des ORF5 et ORF7, ce qui est utile pour l’épidémiologie. »