Antibiorésistance : les principales conclusions du rapport 2021 de l’Anses

29 novembre 2021 - Yannick Le Bihan

L’Anses vient de présenter son bilan annuel sur l’usage des antibiotiques dans les élevages en France. Les chiffres dévoilés à l’occasion de la journée européenne d’information sur l’antibiorésistance confirment la bonne dynamique des dernières années mais la vigilance reste de mise dans les élevages porcins.

 

L’utilisation d’antibiotiques critiques continue de diminuer. Ce sont les conclusions du rapport annuel de l’Anses présentées, le 18 novembre 2021, à l’occasion de la Journée européenne d’information sur l’antibiorésistance. Des résultats significatifs et encourageants ressortent des études. En effet, le niveau d’antibiorésistance globale chez les animaux continue de diminuer. Il est néanmoins nécessaire de rester vigilant car certaines souches de bactéries continuent de résister aux antibiotiques, notamment chez l’espèce porcine. 

Crédit : Adobe Stock

« L’exposition des porcs aux antibiotiques a diminué de 3,2 % entre 2019 et 2020 »

La filière porcine suit la tendance observée dans toutes les filières animales, à savoir que les bactéries multi résistantes, insensibles à plus de trois antibiotiques, sont en diminution. Deux familles d’antibiotiques n’ayant pas ou peu d’alternatives pour préserver la santé humaine sont particulièrement scrutées. Les résultats d’analyse soulignent la faiblesse et la baisse  de leurs capacités curatives depuis plusieurs années. Ainsi, entre 2019 et 2020, l’exposition toutes espères confondues aux fluoroquinolones et aux céphalosporines de dernières générations a respectivement baissé de 9,3 % et 3,9 %. La colistine a quant à elle vu son usage diminuer de 66 % par rapport au niveau de référence de 2014-2015. Ces antibiotiques sont particulièrement surveillés car ils sont les seuls ou parmi les seuls à pouvoir soigner des maladies graves chez l’Homme.

Plus de prévention, moins de prescriptions

Interrogés sur leurs pratiques de prescriptions, les vétérinaires ont confirmé avoir contribué à la baisse des ventes d’antibiotiques pour les porcs. Les pratiques préventives de vaccinations et de traitements alternatifs, tels que la phytothérapie et l’aromathérapie, le développement de cahiers des charges « sans antibiotiques » et l’expansion de l’agriculture biologique expliquent en grande partie ce constat.
La vigilance reste nécessaire
Depuis 2001, le Réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales (Resapath), avec l’appui de 71 laboratoires, a suivi l’évolution des bactéries résistantes aux antibiotiques dont l’indicateur principal est l’Escherichia coli. D’une manière générale, une stabilisation voire une baisse de résistance de la bactérie a été observée après 51 736 tests réalisés en 2020. Toutefois, la résistance à l’ampicilline augmente chez les porcs . A l’inverse, les E. coli productrices de
β-Lactamase à spectre étendu (BLSE)ou de céphalosporinase, des enzymes permettant aux bactéries de résister à certains antibiotiques d’importance critique chez l’Homme, sont de moins en moins présentes dans le contenu intestinal de toutes les espèces animales étudiées.
S’il y a peu ou pas de résistance aux antibiotiques d’importance critique pour la santé humaine, le taux de résistance des salmonelles à certains antibiotiques (pénicilline, tétracycline ou sulfamide) peut être élevé à l’abattoir. Ainsi, 44,1 %  des souches isolées chez le porc sont respectivement résistantes à la tétracycline et à l’ampicilline, une pénicilline.

Un appel à l’union européenne de surveillance

L'Anses appelle à la création d’un réseau européen de surveillance de l'antibiorésistance en médecine vétérinaire (EARS-Vet). A l’instar du suivi effectué en France par le Resapath, le réseau européen surveillerait le niveau de résistance des bactéries prélevées sur les animaux malades. Sa création aiderait à mieux définir le bon usage des antibiotiques vétérinaires au niveau européen.
Enfin, l’Anses explore également la possibilité de surveiller la résistance d’organismes qui ne sont pour l’instant pas pris en compte dans les systèmes de surveillance, à l’image des mycoplasmes.

 

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