Relation éleveur-truies : la confiance est un gage de performances

1 octobre 2020 - Elisa Taurin

Une étude récemment menée par l’Ifip, l’Idele et l’Anses réaffirme qu’un éleveur qui établit une bonne relation avec ses truies obtient de meilleures performances de mise bas.

Les éleveurs qui apprivoisent leurs cochettes et continuent à établir des contacts positifs ont de meilleurs résultats techniques en maternité. Ces observations sont issues d’une étude menée conjointement par l’Ifip, l’Idele et l’Anses dans 52 élevages dans le cadre du projet Rhaporc et présentée lors des Journées de la Recherche Porcine 2020. « Un entretien nous a d’abord permis de dégager trois profils d’éleveurs selon la place que prend la relation Homme-animal (RHA) dans leur métier : centrale, utile, secondaire », relate Valérie Courboulay, ingénieure bien-être au pôle techniques d’élevage à l’Ifip. Et de poursuivre : « Des tests d’approche réalisés auprès de cinq cochettes et 30 truies par élevage nous ont ensuite permis d’attribuer une note de réactivité de 0 (approche impossible) à 4 (maintien d’un contact physique plus de cinq secondes) à chaque animal ».

Les cochettes sont les plus confiantes

La note de RHA moyenne obtenue variait selon l’élevage, de 0,4 à 3,2. Aucune différence n’a été observée selon le sexe de l’éleveur et la taille de l’élevage. En revanche, les notes ont pu être expliquées par d’autres facteurs :
-    Le profil de l’éleveur : les reproductrices de ceux qui estiment la RHA comme centrale ont de meilleures notes (2 vs 1,7 et 1,4 pour les profils « secondaire » et « utile ») ;
-    L’environnement physique : une litière paillée et une alimentation en système Dac sont associées à des notes de RHA plus élevées (respectivement 2,6 vs 1,8 sur caillebotis et 2,2 vs 1,8 et 1,5 en auge et en réfectoire), certainement parce que les éleveurs entrent plus souvent dans les cases ;
-    Les pratiques d’apprivoisement des cochettes : les notes de RHA sont plus élevées dans les élevages où celles-ci existent (2 vs 1,6) ;
-    Le rang de portée de l’animal : les notes de RHA sont plus élevées en moyenne chez les cochettes (2,2) et chez les jeunes truies (1,9) que chez les vieilles truies (≤ 1,7).
« Cela montre que l’adaptation des cochettes est essentielle, mais que la relation établie doit être entretenue », affirme Valérie Courboulay. Pour les truies, les notes de RHA ont ensuite été croisées avec les performances de mise bas précédente. Les notes élevées (3 et 4), sont associées à un nombre plus élevé de porcelets nés totaux (+0,6), nés vivants (+0,7) et sevrés (+0,3) par portée. De plus, les éleveurs pour qui la RHA est centrale sèvrent davantage de porcelets (13 vs 12,1 pour les autres profils).

Diverses pratiques d’apprivoisement

Diverses pratiques de domestication des cochettes ont été notées lors des entretiens. D’après Valérie Courboulay, certains éleveurs se rendent une ou plusieurs fois par jour en quarantaine, sifflent et/ou parlent pour les habituer à leur voix. D’autres entrent quelques minutes dans les cases, pour pailler ou racler les fécès, et laissent les cochettes venir vers eux. Certains planifient même un passage de chaque personnel de l’élevage en quarantaine dans la semaine. Parfois, des éleveurs distribuent, dans la gueule des animaux, du jus de pomme ou du sirop pour les préparer à la distribution du Régumate. « Un comportement calme et une alimentation manuelle aident à la domestication des cochettes », ajoute l’ingénieure. Elle conseille aussi de prévenir les animaux quand on entre dans une salle, en parlant, en frappant à la porte ou en allumant la lumière. « En salle gestante, il faut essayer de séparer les jeunes truies des vieilles pour réduire le stress et faciliter la conduite alimentaire. On peut entrer dans les cases pour la surveillance et en profiter pour parler, toucher les animaux », commente-t-elle. En maternité, elle recommande de placer les cochettes plutôt en début de salle et d’éviter de les isoler afin qu’elles voient souvent l’éleveur et ce qui se passe dans les cases des truies. On peut continuer à leur parler et passer la main sur leur mamelle, sans vouloir être trop interventionniste tout de même.
« Ainsi, il ne s’agit pas nécessairement de passer plus de temps avec ses truies, mais il faut profiter de ce temps pour interagir positivement. Par ailleurs, l’organisation de travail est importante. Faire en sorte que les interventions se passent le mieux possible permet à l’animal de réaliser facilement la tâche. Enfin, il est essentiel de maintenir un ou plusieurs contact(s) positif(s) suite à un contact négatif (vaccin, déplacement) », conclut l’ingénieure.

 

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