Cases liberté : 5 éleveurs témoignent

13 décembre 2019 - Estelle POLETTE DE OLIVEIRA

Voyant que les cases maternité bien-être prenaient de plus en plus d’ampleur dans les discussions et sur le terrain, en 2018, la chambre régionale d’agriculture de Bretagne a réalisé une enquête auprès de cinq éleveurs utilisateurs. Si leurs retours d’expériences sont globalement positifs, ils préconisent tout de même quelques petites améliorations.

Globalement, la satisfaction semble au rendez-vous chez les éleveurs qui ont installé des cases maternité liberté. C’est en tout cas ce que révèle une étude menée par la chambre régionale d’agriculture de Bretagne (Crab) en 2018. En effet, après plusieurs mois ou années d’utilisation des cases maternité liberté, cinq précurseurs de leur installation ont été interrogés afin de comprendre leur choix, décrire leurs équipements et leurs nouvelles pratiques et enfin, connaître leur sentiment sur ces nouveaux dispositifs. Les éleveurs ont également évalué leur dispositif à l’aide d’une grille de 26 critères relatifs à l’aménagement, aux conditions de travail, au bien-être des animaux et aux performances techniques. Les enquêtés, quatre naisseurs-engraisseurs et un responsable de maternité collective ont tous équipé leur bâtiment entre 2017 et 2018 de cases liberté (de 48 à 180, selon les élevages). Chaque structure possédant un modèle de case spécifique, l’enquête a pu mettre en valeur les points forts ou d’amélioration des cinq configurations de cases.

Frédéric Kergourlay et Carole Bertin de la chambre régionale d’agriculture de Bretagne (tous deux à gauche sur la photo), ont présenté les résultats d’une étude sur l’utilisation des cases maternité liberté en élevage lors de la journée One Health qui a eu lieu le 26 novembre dernier à Pontivy.

Qu’est-ce qui a motivé leur choix ?

Premier item de cette enquête, les raisons de cette décision. D'après Carole Bertin de la Crab," si les cinq éleveurs ont tous saisi l’opportunité de ce changement lorsqu’une modernisation de leurs maternités était nécessaire, ils affirment également tous que l’image de leur structure et la crainte à l’avenir de ne plus pouvoir commercialiser les charcutiers a fortement penché dans la balance" (voir graphique ci-dessous). Ensuite viennent, au même niveau des raisons d’évolution réglementaire, de bien-être des truies et des porcelets. Deux éleveurs ont également évoqué le travail au quotidien comme argument avec notamment l’arrêt du raclage des déjections des truies ou le confort des manipulations à l’instar du passage en groupe des truies gestantes. Enfin, un éleveur a mentionné la facilité de transmission de son outil.

Pourquoi avoir choisi les cases maternité liberté ?

Dans la pratique, quels changements ?

Si les reproductrices des cinq élevages sont libres à leur entrée en maternité, selon les structures, les pratiques de libération des truies post mise bas peuvent suivre deux schémas (voir tableau de la conduite ci-dessous) : une libération après la réalisation des soins aux porcelets ou environ deux semaines après la mise bas. "Le système a l’avantage de rester souple et de s’adapter à des besoins individuels si nécessaires", précise Carole Bertin. Les opérateurs n’auraient, semble-t-il, pas eu à modifier leurs habitudes de travail.

Source: Crab

Les pratiques de libération des truies post mise bas peuvent suivre deux schémas : une libération après la réalisation des soins aux porcelets ou environ deux semaines après la mise bas.

Quelle note pour quelle case ?

L’évaluation des systèmes par les utilisateurs par l’attribution d’une note (0 :très mauvaise à 3 :très bonne) pour chacun des 26 critères étudiés (voir tableau des résultats ci-dessous) montre une bonne satisfaction avec une note de 2 sur le critère « évaluation globale ». La plus mauvaise note (0), n’est attribuée qu’une seule fois pour la qualité de la surveillance des porcelets dans leur nid. La note 1 revient d’une à cinq fois selon les élevages et reflète principalement des difficultés de lavage ou l’accessibilité aux porcelets. Les cases de moins de 5,80m², seraient apparemment considérées comme trop petites lorsque d’autres éleveurs recommandent la présence de trappes d’évacuation des déjections, de système anti-écrasement ou même d’un peu plus de place pour l’augette des porcelets.

Cinq modèles de cases ont été évalués :

Source: Crab

Tableau des résultats :

Source: Crab

Pas de regret

Finalement, aucun éleveur ne regrette son investissement. Bien qu’elles représentent une prise de risque liée à leur surcoût d’environ 1320 € par place (+33%), les cases maternité liberté paraissent fonctionnelles et répondent à des enjeux et approches différents. Pour ces éleveurs, c’est un pari sur l’avenir à la fois en termes d’accès au marché, mais aussi de réglementation puisqu’aucun standard européen n’existe pour le moment. De nouvelles études réalisées à la station de Crécom, qui devrait  accueillir en 2020, 2x10 places de maternité liberté, devraient permettre d’approfondir encore le sujet.

ZOOM
Les cases maternité liberté : un changement d’état d’esprit des éleveurs ?

En 2017, une enquête a été réalisée sur le Space auprès de 35 éleveurs. Ils devaient répondre à la question : « que pensez-vous des cases maternité liberté ? ». Verdict sans appel : 52 avantages contre 150 inconvénients avaient été mentionné. On note que le principal avantage portait sur le bien-être animal. Les principaux inconvénients s’orientaient principalement vers les conditions de travail et le surcoût associé.

Même si aucune réglementation européenne n'impose l’utilisation des cases maternité liberté, sauf en production biologique, depuis deux ans, l’intérêt pour ce type d’équipement est grandissant. Un changement d’état d’esprit des éleveurs semble se dessiner. Associés à cette tendance, les équipementiers avaient d’ailleurs exposé 8 modèles de cases liberté au Space 2018, puis 10 lors de l’édition 2019 du salon.
Au final, 1 565 cases liberté étaient installées dans 30 élevages français à la fin 2018. Fin 2019, ce nombre atteint 2 500 cases (installées ou en cours d’installation). A noter : certains éleveurs choisissent de « tester » plusieurs modèles de cases sur seulement quelques places.

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