Nouvelle grippe H1avN2 : des symptômes plus intenses

11 octobre 2021 - Estelle POLETTE DE OLIVEIRA

Devenue majoritaire dans les élevages porcins français en 2020, la « nouvelle » grippe porcine H1avN2 engendrerait des signes cliniques plus intenses que les souches habituelles. Agnès Jardin du laboratoire Ceva Santé Animale dresse le portrait de ce nouveau pathogène.

 

Une effervescence heureusement sans lendemain. La nouvelle souche grippale H1avN2 a déjà fait parler d’elle, tant dans le milieu porcin à propos de son origine ou des signes cliniques forts qu’elle engendre qu’en médecine humaine via les tabloïds de début septembre dernier. En cause : sa détection pour la première fois chez un homme résidant dans les Côtes d’Armor après avoir été exposé à des porcs vivants dans la semaine précédant l’apparition des symptômes. Si l’issu de cet épisode s’est terminé favorablement, les impacts sur l’image de la filière auraient pu être négatifs sur la consommation alors que, rappelons-le, le virus influenza d’origine porcine n’est pas transmissible à l’Homme par la consommation de viande d’origine porcine.
En revanche, dans les élevages, comme tous les virus grippaux, ses conséquences ne doivent pas être sous-estimées, d’autant plus que sa présence s’intensifie sur le territoire. « Les diagnostics de grippe réalisés en 2020 et suivis par Résavip (voir encadré ci-dessous) et également par Ceva montrent une recrudescence de la grippe H1avN2 dans les élevages de porcs français (voir graphique). Ce réassortant a d’ailleurs pris le pas sur les autres souches traditionnellement observées », explique Agnès Jardin, responsable technique gamme porc Ceva Santé Animale, laboratoire qui a signé avec Résavip une convention pour partager les données épidémiologiques de la grippe chez le porc.

Source : Ceva

En provenance du nord de l’Europe

Agnès Jardin, responsable technique gamme porc Ceva Santé Animale

Enzootique au Danemark depuis 2003, cette nouvelle souche a été détectée en France pour la première fois en 2015. Après plusieurs années sans être aperçue, elle a refait son apparition en 2019 pour finalement devenir majoritaire en 2020. « L’hypothèse la plus probable de son entrée en France porte sur l’introduction d’un animal contaminé. Néanmoins, comme plusieurs pays autours de nous ont aussi répertorié des cas depuis des années, l’animal en question peut provenir du Danemark mais aussi d’Espagne, d’Italie, de Hollande…  Le premier élevage français contaminé n’a pas été identifié à ce jour», précise Agnès Jardin.
Du côté des symptômes observés en élevage, il semblerait que tous les stades physiologiques puissent être touchés, y compris les reproductrices avec pour conséquences des avortements. Plus généralement, deux formes cliniques ont été remontées par les vétérinaires terrain. Avec près de 57 % des cas répertoriés (d’après Ceva), la forme épidémique serait majoritaire. « La maladie se diffuse en 15 jours dans l’élevage en provoquant des anorexies, de la fièvre, de la toux et des pertes notamment en présence d’un sur-infectant », détaille la vétérinaire. Néanmoins elle relativise en indiquant que « la mortalité observée semble identique à celle des autres virus». Pour les autres cas, c’est une forme récurrente qui s’installerait : « Un seul stade physiologique est touché, souvent à 6 – 7 semaines de vie et pendant 2 à 3 semaines. La contamination se réalise d’une bande à l’autre d’où la sensation de continuité ou de récurrence dans l’élevage. En revanche, elle reste cliniquement cantonnée à un seul stade physiologique », précise l’experte. Et de poursuivre « avec cette nouvelle souche, nous avons eu plus de déclarations de symptômes forts avec des réponses faibles aux antipyrétiques. Les symptômes durent plus longtemps avec une clinique plus franche et sur un nombre plus important d’animaux. Cela peut éventuellement s’expliquer par le fait que nos cochons sont complètement naïfs vis-à-vis de cette souche. »

Un virus particulièrement contagieux

Transmise sans doute de manière aéroportée, cette grippe demanderait peut-être une charge très faible pour contaminer. « Elle touche tous types d’infrastructures, même celles à haut niveau sanitaire, ou des établissements qui n’ont jamais eu de grippe auparavant, et cela, même dans des zones à faible densité porcine. » L’Anses va justement lancer des travaux fin 2021 sur la transmission de ce contaminant et les réponses qu’il engendre sur les porcins mais aussi les dindes, autre espèce visiblement impactée par ce pathogène.
Si les deux vaccins actuellement disponibles contre la grippe chez le porc ne comportent pas cette souche H1avN2, l’un des deux contient trois valences, H1avN1, H3N2 et H1huN2, dont les deux premières sont parents de ce H1avN2. En l’administrant, la probabilité d’observer des animaux malades ou des signes cliniques forts serait réduite, même si l’efficacité n’est pas de 100 %. « Le traitement statistique des cas cliniques suivis démontre que ce vaccin apporte une protection vis-à-vis de ce virus. Par ailleurs, dans les cas où les animaux étaient vaccinés et ont tout de même démontré des signes cliniques, nous nous sommes aperçus que le passage de grippe a réveillé le mycoplasme et cela, même sur les reproducteurs », analyse la vétérinaire. Encore un exemple où la santé des animaux s’intègre donc dans une réflexion à plusieurs entrées et où le concept « One Health » (« une seule santé ») prend tout son sens.

Résavip :
Animé par La Coopération Agricole, Résavip est le réseau national de surveillance des virus influenza porcins. Il a été créé il y a 10 ans, suite à la pandémie de H1N1 de 2009. Il intègre 16 animateurs régionaux, sept laboratoires de première intention et un laboratoire de référence. Environ 300 visites d’élevages par an sont réalisées. En juillet dernier, une convention de partenariat pour partager les données épidémiologiques de la grippe chez le porc a été signé entre Résavip et le laboratoire Ceva Santé Animale. Cet engagement permettra également de comparer les méthodes de prélèvements et d’enrichir les informations récoltées pour permettre une plus grande précision de l’analyse de la dynamique de circulation et d’évolution des virus influenza porcins sur le territoire. Les résultats de ce partenariat seront toujours diffusés conjointement.

 

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