EGAlim : le ministre veut « relancer la dynamique »
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- Auteur : Estelle Polette de la Oliviera
Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a annoncé le 15 octobre dernier vouloir « relancer la dynamique des États Généraux de l’Alimentation ». D’après le cabinet du ministre, « si la loi EGAlim a su créer un nouvel état d’esprit et permis de rehausser le prix payé au producteur dans certaines filières comme le lait, cette situation doit être amplifiée et les résultats consolidés » .
Pour ce faire, il a détaillé aux représentants de la chaîne alimentaire sa feuille de route. Celle-ci s’articule autour d’un triptyque « confiance, exigence, transparence » . La confiance est celle que l’on doit avoir « dans les acteurs qui proposent des prix solidaires vis-à-vis de l’amont agricole » , explique le communiqué. L’exigence concerne l’obtention de résultats. La transparence devra quant à elle s’appliquer dans les actions et les marges de chacun.
Objectif : une meilleure répartition de la valeur
Parce qu’une plus juste rémunération de nos agriculteurs est une question de souveraineté, nous relançons la dynamique des #EGA sur la répartition de la valeur.
— Julien Denormandie (@J_Denormandie) October 15, 2020
Merci @SergePapin d'avoir accepté cette mission et aux acteurs d’y participer, en confiance et avec exigence. pic.twitter.com/u6qJGRSzJu
De plus, pour Julien Denormandie, la formation des organisations de producteurs à la négociation collective doit être un élément pivot pour renforcer leur poids dans les négociations commerciales. Dans le communiqué envoyé par son cabinet, il évoque plusieurs autres mesures qui soutiennent les filières de production dans leur transition agro-écologique. Celle-ci serait selon lui, « un autre levier efficace pour créer de la valeur au bénéfice des producteurs, tout en améliorant l’adéquation offre/demande vis-à-vis des consommateurs » . Il cite par exemple le label « Haute valeur environnementale », la « Prime à la conversion », ou encore le programme « Plantons des haies ». Enfin, il évoque également plusieurs mesures du plan de relance visant à la modernisation des exploitations et la structuration des filières. D’après lui, ces mesures « participent également à la création de valeur le long des filières de production ».
Des avancées suivies de près pour les syndicats
Toujours le 13 octobre, la FNSEA et les JA avaient fait le même constat : « la loi EGAlim a permis de mettre un terme à la guerre des prix avec une inflation très limitée pour les consommateurs (moins de 1%). […] Pourtant, le retour de la valeur aux producteurs reste très limité ! »
L’Ania (Association nationale des industries agroalimentaires), la Coopération Agricole et l’Ilec (Institut de liaisons et d'études des industries de consommation) avaient quant à eux alerté sur le risque d’une nouvelle année en déflation qui amplifierait la destruction de valeur que subit l’ensemble de la filière depuis huit ans. En effet, selon leur communiqué, « à l’exception de la filière laitière, les deux premières années de l’application de la loi EGAlim n’ont pas vu disparaître la déflation dans les négociations commerciales annuelles entre les fournisseurs et les quatre principales centrales d’achat des distributeurs : -0,4 % en 2019 et -0,1% en 2020. A cette destruction de valeur, s’ajoute désormais un retour de la guerre des prix dans les linéaires ».
De son côté, la Confédération Paysanne demande des actes concrets plutôt que « des appels aux bonnes volontés » , à savoir : « une transparence des marges imposée aux acteurs de l'agro-industrie et de la grande distribution ; l'arbitrage public des relations commerciales comme solution au rééquilibrage de la valeur ajoutée ; la régulation des marchés au niveau européen pour permettre la relocalisation et la mise en œuvre de sanctions aux prédateurs de la valeur du travail paysan ».
Alors que les négociations commerciales doivent commencer début novembre, les distributeurs, les seuls visiblement à ne pas s’être exprimés à la suite de ces réunions, semblent être attendus au tournant.