L’autonomie financière comme boussole de votre solidité
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- Auteur : Charline Cantegrel, experte-comptable, groupe Cogedis
Charline Cantegrel, experte-comptable, groupe Cogedis
Face à la fluctuation des prix des intrants et à l’instabilité des cours, la solidité financière d’une exploitation agricole ne se résume pas à son chiffre d’affaires. Un indicateur clé permet de mesurer votre réelle capacité de résistance : le ratio d’autonomie financière. Comprendre ce chiffre, c’est savoir si votre exploitation vous appartient vraiment ou si elle dépend trop de vos créanciers. L’autonomie financière mesure la part des capitaux propres (votre argent et les bénéfices réinvestis) par rapport à l’ensemble des ressources que possède l’entreprise (le total du bilan). Pour un agriculteur, c’est un indicateur de liberté. Plus ce ratio est élevé, plus vous financez vos outils de production (tracteurs, bâtiments, cheptel…) avec vos propres fonds. À l’inverse, un ratio faible indique une forte dépendance aux banques. En cas de crise sanitaire ou de volatilité des marchés, une structure disposant d’une solide autonomie financière bénéficie d’une meilleure résilience. Elle limite ainsi le risque de défaillance à court terme, la charge liée au remboursement de ses annuités étant proportionnellement moins pesante sur sa trésorerie. Pour le calcul, on divise les capitaux propres par le total du bilan. On considère généralement qu’en dessous de 20 %, la situation est fragile. Entre 30 % et 50 %, l’exploitation dispose d’une assise solide. Prenons l’exemple de deux éleveurs : le premier a un ratio de 15 %. La moindre hausse du prix de l’aliment l’oblige à renégocier ses découverts. Le second a un ratio de 45 %. Malgré la crise, il peut tenir plusieurs mois, car ses charges de remboursement de dettes sont limitées. Ce ratio est aussi le premier chiffre que regarde votre banquier : c’est votre « garantie de survie ».
Améliorer sa résistance face aux imprévus
Pour renforcer ce ratio, il n’y a pas de secret : il faut consolider ses fonds propres. Cela passe par une mise en réserve des bénéfices lors des « bonnes années » plutôt que par un prélèvement privé excessif ou un investissement surdimensionné. Il est parfois plus judicieux de différer l’achat d’un nouveau matériel si cela permet de désendetter l’exploitation.
En améliorant votre autonomie, vous réduisez vos frais financiers et retrouvez une capacité d’emprunt pour des projets futurs vraiment créateurs de valeur. C’est un cercle vertueux qui transforme votre exploitation d’une structure subissant le marché en une entreprise capable de piloter son destin.