[Dossier Énergie 4] EuroTier Energy Decentral : la production décentralisée d'énergie se déploie en Allemagne
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- Auteur : Yanne Boloh
Selon Marcus Vagt , directeur du salon Energy Decentral, qui s’est tenu durant EuroTier, l’hydrogène devrait, avec le biogaz, jouer un rôle central dans la transition énergétique, sachant que le biogaz peut aussi permettre de produire de l’hydrogène vert. Conclusion partagée par les experts du centre de recherche Aurora qui ont modélisé la production d’hydrogène à l’horizon 2050 dans une étude européenne.
Selon leurs résultats, la demande en hydrogène devrait augmenter de 2 500 térawatts heures (TWh) par an d’ici 2050 c’est-à-dire 8 fois plus que ce qu’elle est actuellement. À titre de comparaison, la production en Allemagne est actuellement de 60 TWh d’hydrogène par an dont la majorité est de l’hydrogène « vert », obtenu à partir des installations de biogaz vert et seulement 5 % issus d’électrolyse conduite à partir d’énergies renouvelables comme le soleil ou le vent.
L’un des axes de travail des entreprises exposant à Energy Decentral était la montée en puissance des capacités d’électrolyse « verte » afin de contribuer à cette transition énergétique. Autre sujet d’intérêt, la question du gaz carbonique qui s’échappe des installations de biogaz sans être valorisé. En moyenne, les bactéries anaérobies transforment la biomasse en 60 % de méthane et 40 % de gaz carbonique. L’équipe de recherche de Christian Bidart, à l’Institut Fraunhofer, étudie la possibilité de convertir ce gaz carbonique en méthane, mais leurs travaux n’en sont encore qu'au stade des laboratoires.
Photovoltaïques monocristallins haut rendement
Du côté de l’énergie solaire, la technique progresse. Les modules photovoltaïques monocristallins haut rendement ont pris des parts de marché au détriment des modules polycristallins car leur pouvoir de conversion est plus élevé sans oublier que leur production d’énergie démarre plus tôt le matin et se termine plus tard le soir. La technologie PERC (Passivated Emitter and Rear Contact) permet d’améliorer la capture de la lumière près de la surface arrière de la cellule photovoltaïque et, donc, de maximiser la production jusqu’à + 24 %. « L’efficacité des panneaux photovoltaïques a énormément progressé ces dernières années , confirme Marcus Vagt. Ceux qui décident de consommer leur propre électricité sont clairement gagnants, surtout s’ils investissent aussi dans des batteries de stockage. Ils réduisent leur dépendance à la fluctuation des cours de l’énergie . » Il reste aussi des marges de manœuvre pour optimiser le fonctionnement des cellules existantes ne serait-ce qu’en nettoyant régulièrement les poussières, pollens, fientes d’oiseaux ou en réduisant les ombres. Les nouvelles technologies de cellules multi-jonctions et de l’intelligence artificielle devraient permettre à l’énergie solaire de connaître de réels bonds en avant dans les prochaines années selon Marcus Vagt. L’IA devrait ainsi contrôler la production et l'utilisation de l'énergie.
Du côté des éleveurs de porcs
Sven Häuser , directeur du Club des producteurs de porcs européens (DLG) confirme : « Les éleveurs de porcs investissent tout autant dans les énergies renouvelables que les autres éleveurs. Les producteurs de porcelets le font peut-être davantage que les engraisseurs, car ils ont besoin de plus de chaleur et une installation de biogaz est donc plus économique. À mon avis, l’utilisation de surfaces de toit adaptées aux systèmes photovoltaïques est désormais presque « standard », quelle que soit l’espèce animale. »
Des barrières en panneaux photovoltaïques verticaux
L’un des éléments marquants du salon était la présence de plusieurs stands proposant des panneaux photovoltaïques verticaux. Marcus Vagt estime que ce type de solution est idéale pour les élevages de porcs : « Ils sont déjà installés comme barrières. Dans une orientation est/ouest, ils produisent de l’énergie dans un cycle décalé par rapport à une orientation classique vers le sud ce qui est aussi très intéressant. »
L’expert estime par ailleurs que la solidité de ces installations n’est pas un problème et qu’elles sont déjà conçues pour supporter les vents : « Les animaux qu’ils soient domestiques ou sauvages ne seront pas non plus tentés de s’approcher volontairement de telles surfaces qui marquent une rupture physique dans leur environnement. Mais bien sûr, ces panneaux ne sont pas dessinés pour résister à des violences massives. »
Dans tous les cas, les fournisseurs travaillent sur la sécurité physique des panneaux sur le modèle des classifications des parois existantes, à l’instar des fenêtres et façades en verre des bâtiments d’habitation qui sont protégées contre les intrusions, explique Marcus Vagt.
En France, Engie et Inrae ont inauguré le 14 octobre dernier un démonstrateur agrivoltaïque de panneaux solaires bifaciaux verticaux, Camélia, à Laqueuille (63).Il compte 252 panneaux bifaciaux orientés est/ouest organisés en 9 haies verticales (écartement 12 ou 18 m) et devrait fournir de nombreuses connaissances pour l’ensemble de l’agriculture durant les 3 ans et demi du projet de recherche.