Brumisation. Une pluie de bienfaits oui, mais...

30 mai 2020 - Claire Walbecque

La brumisation en élevage, ces microgouttelettes qui s’évaporent instantanément en prélevant des calories dans l’air, qui ainsi se refroidit… Bien sûr le principe, mais à condition qu’elle soit utilisée à bon escient. Le point avec Yvonnick Rousselière de l’Ifip.

Crédit photo : Ifip

Yvonnick Rousselière, ingénieur bâtiment/équipement à l’Ifip.

Pensez à la sensation de fraîcheur que vous procure un spray d’eau thermale sur votre visage lors des chaudes journées d’été… Agréable, non ? En élevage, les cochons ont également droit à ce confort, apporté, cette fois, par les systèmes de brumisation. Différence majeure tout de même, l’effet de refroidissement pour les porcs est principalement basé sur l’évaporation de l’eau dans l’air. « La brumisation permet de rafraîchir l’ambiance des salles par l’atomisation de fines gouttelettes d’eau dans l’air. Ces gouttelettes absorbent rapidement les calories présentes (chaleur), amenant l’eau
liquide à se transformer en gaz (vapeur d’eau). Cette vapeur d’eau est ensuite éliminée par le biais de la ventilation, refroidissant ainsi l’air ambiant »
, explique Yvonnick Rousselière, ingénieur bâtiment/équipement à l’Ifip. Une étude(1) réalisée au Canada a montré que la température ambiante dans les salles peut être abaissée de 4 à 7 °C grâce à un système de brumisation, avec un ressenti plus ou moins important. Mais, ce phénomène fonctionne, si et seulement si, l’humidité relative de l’air extérieur n’est pas trop élevée. « Un air ambiant saturé d’eau ne permet pas le phénomène d’évaporation. De
plus, il faut être vigilant à l’humidité relative à l’intérieur du bâtiment afin de limiter les risques d’asphyxie pour l’animal
, précise l’ingénieur. Le niveau d’hygrométrie dans les salles ne doit pas dépasser 70 à 80 % ». Ainsi, plus l’air est sec et les températures
élevées, plus le refroidissement sera important.

BIEN GÉRER LES QUANTITÉS D’EAU AJOUTÉES DANS LES SALLES

Entre la brumisation basse et haute pression, plusieurs systèmes existent sur le terrain. « La brumisation haute pression, supérieure à 50 bars, est à conseiller par rapport à la brumisation basse pression et, surtout, à l’utilisation de gicleurs de prétrempage que l’on voit parfois sur le terrain », commente Yvonnick Rousselière. L’idée étant de contrôler au mieux les quantités d’eau apportées dans les salles et d’atomiser le plus possible les gouttelettes. En effet, les gouttes d’eau projetées par les rampes basse pression sont généralement trop grosses pour pouvoir s’évaporer entièrement avant de retomber sur le dos des animaux ou sur le sol et les murs. « Les gicleurs apportent des quantités d’eau trop importantes, qui avec l’inertie thermique des bâtiments en été, entraînent parfois un effet inverse, ajoute l’ingénieur. Si en plus le chargement dans les salles est élevé et le système de ventilation vieillissant… on obtient une équation terrible ! ». Même remarque pour une utilisation en maternité : une  brumisation mal réglée entraînerait une retombée d’eau sur le sol, voire sur les porcelets, source d’inconfort et même d’arthrites.

L’installation des rampes de brumisation est importante pour assurer le bon fonctionnement du système et donc un refroidissement efficace. La brume doit être diffusée dans le flux d’air.

LES SONDES EN RENFORT

Sur le marché, il existe différents systèmes de brumisation : mise en route manuelle ou automatique, système de temporisation ou non par exemple. Certains modèles sont d’ailleurs équipés d’un régulateur qui déclenche la projection
en fonction des besoins et des données collectées par des sondes de température et d’hygrométrie, offrant ainsi une
maîtrise précise des paramètres d’ambiance. « Globalement, il faut privilégier des séquences de brumisation courtes et fréquentes plutôt que des séquences trop longues qui risquent de saturer l’air et de faire couler de l’eau sur le sol et les animaux », résume
Yvonnick Rousselière, tout en précisant qu’un intervalle entre 40 secondes et une minute toutes les cinq minutes permet
généralement à l’humidité de s’évaporer et ainsi d’optimiser le processus de refroidissement. L’installation des systèmes de brumisation est facile et généralement peu onéreuse, surtout si l’on compare au cooling. Mais, comme tout matériel, ils nécessitent un certain entretien : nettoyage des buses, maintenance de la pompe, étalonnage des sondes… Tout comme les systèmes de ventilation d’ailleurs ! Car, installer une brumisation sans qu’elle ne soit couplée à un système de ventilation performant est à proscrire.

(1) CDPQ : Comment diminuer l’impact des températures chaudes durant l’été, 2003.

Porcmag - Formules d'abonnement

AUX CÔTÉS DES ÉLEVEURS, AU CŒUR DE LA FILIÈRE, OUVERT SUR LE MONDE

● La richesse des reportages terrain et des dossiers thématiques
● Les conseils des meilleurs experts en technique et en gestion
● De nombreux retours d'expérience et solutions pratiques

Profitez d'une offre découverte 3 mois