Les charcutiers traiteurs en appellent aux distributeurs et aux politiques
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- Auteur : Anne-Solveig ASCHEHOUG
La nouvelle étude de la banque de France dresse un tableau sombre de la situation économique et financière des entreprises françaises de charcuterie traiteur. Le taux de marge nette accuse un nouveau recul et près d’un tiers des entreprises enregistrent un résultat négatif en 2023. « Le constat est alarmant », s’inquiète la Fédération des charcutiers traiteurs (Fict) qui alerte les pouvoirs publics et les distributeurs à « agir pour assurer la pérennité d’un secteur essentiel au maintien de la souveraineté alimentaire et agricole française », 75 % de la production porcine nationale est en effet transformée en charcuterie.
Les entreprises de charcuterie traiteur ne sont pas parvenues à répercuter la forte augmentation des coûts de production de ces deux dernières années (augmentation du prix du porc, énergie, salaires…).
En deux ans, le taux de marge nette des entreprises de charcuterie est en recul de 65 %. Déjà très faible en 2022, il recule à novueau en 2023 et atteint 0,9 % du chiffre d’affaires. Au total, 30 % des entreprises enregistrent un résultat net négatif en 2023 contre un quart en 2022.
Et les premiers signaux de 2024 n’augurent rien de bon. La tendance se confirme, note la Fict. « Les montants cumulés des incapacités à payer, relevés par la Banque de France augmentent de manière importante par rapport aux années précédente. Au premier semestre 2024, ils sont supérieurs à ceux de 2023 et près de 4 fois supérieurs à ceux de la même période de 2022. »
Aussi la Fict estime que les distributeurs doivent tenir compte de la situation économique des entreprises de charcuterie lors des prochaines négociations commerciales. Selon le dernier rapport de l’Observatoire des prix et des marges, la marge nette générée par le rayon charcuterie est passée de 400 M€ à près de 600 M€ en 2022. « Cette progression contraste avec la dégradation des résultats des entreprises du secteur », ajoute la Fict. Avec la décision récente de grands groupes de distribution de rejoindre les centrales d’achat européennes, le déséquilibre des négociations commerciales va s’accentuer. Aussi, la Fict demande « aux distributeurs de s’engager à exclure du champ des négociations de ces centrales les industries qui ont un fort impact sur les filières agricoles comme la charcuterie. »
Enfin, les entreprises du secteur ne comprendraient pas que les prochains débats sur la loi Egalim viennent renforcer le pouvoir de négociation des distributeurs. Elle demande une stabilité juridique sur la question des relations commerciales, la préservation de la date butoir du 1 er mars et d’éviter d’ajouter des dispositions qui pourraient être utilisées par les distributeurs pour ne pas accepter les demandes tarifaires de leurs fournisseurs.
La Fict regroupe 300 Entreprises à 96 % des PME réparties sur tout le territoire national. Elles emploient près de 32 000 personnes et génèrent un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros dont 8 % à l’export. Sa production de 1,26 million de tonnes est à 82 % à base de porc.