La chaleur met les porcs sous pression
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- Auteur : Emmanuelle Bordon
Enfin, le stade physiologique de l’animal est déterminant : les jeunes animaux ont besoin de chaleur, les adultes la craignent. Selon l’ouvrage de référence des vétérinaires, « Disease of Swine 11ème édition », un porcelet de 2 à 5kg, en maternité, a besoin d’une température ambiante de 30 à 27°C et, en post sevrage (5 à 20 kg), de 30 à 24 °C. A l’inverse, un porc charcutier, de 55 à 110 kg, trouve son confort entre 24 et 10°C. De même, une truie allaitante est plus sensible à la chaleur qu’une truie gestante: chez la truie en lactation, les températures d’été s’ajoutent en effet à une production de chaleur déjà forte d’ordinaire. « Elle produit davantage de chaleur car elle mange beaucoup et mobilise ses réserves pour la production de lait », souligne Franck Bouchet. Il faut donc, en maternité, trouver un compromis entre le besoin de confort des porcelets et celui de la truie.
Quand la température monte
« Si la température ambiante s’élève au-dessus de la zone de confort de l’animal, son organisme actionne les mécanismes de la thermolyse sensible, c’est-à-dire tous les phénomènes physiologiques qui lui permettent de faire baisser sa température corporelle », explique Franck Bouchet. Les suidés ont peu de glandes sudoripares et elles ne sont pas fonctionnelles. Ils ne peuvent donc profiter du rafraîchissement que procurerait l’évaporation de la sueur.
Dans un premier temps, le porc cherche la fraîcheur, en s’allongeant, isolé de ses congénères, sur les caillebotis, voire dans ses déjections. Parallèlement, son organisme met en œuvre des mécanismes de thermorégulation. Le sang est redistribué vers les réseaux capillaires de la peau pour évacuer la chaleur interne. Pour certains endroits du corps, comme les oreilles, on observe une augmentation du débit sanguin qui facilite les pertes thermiques. Puis la respiration s’accélère pour évacuer la chaleur.
Ces mécanismes, qui sont communs à tous les animaux homéothermes, c’est-à-dire ceux dont la température corporelle est constante, ont cependant une efficacité limitée chez le porc. En effet, par rapport au volume de son organisme, sa capacité pulmonaire est assez faible et sa surface cutanée est restreinte, surtout chez l’adulte. « C’est pourquoi les porcelets souffrent moins de la chaleur que les truies ou les porcs charcutiers », conclut Franck Bouchet.
Stress aigu, stress chronique
Lorsque les mécanismes de thermolyse sont dépassés, si la température continue d’augmenter, le porc commence à subir des dommages physiologiques.
D’une part, la redistribution du débit cardiaque vers la peau et les muscles réduit la vascularisation de l’appareil digestif, entraînant l’affaiblissement du rôle de barrière de la muqueuse. Des produits microbiens (bactéries, toxines) circulent alors, provoquant une réaction inflammatoire brutale qui à son tour déclenche un dysfonctionnement des organes, des troubles nerveux, un coma et la mort de l’animal.
D’autre part, suite à une augmentation de la polypnée thermique (l’accélération du rythme respiratoire, avec diminution du volume, qui se déclenche quand la température ambiante est trop élevée). l’animal subit une alcalose respiratoire et une augmentation de son pH sanguin, par réduction de la teneur en CO2 sanguin. Pour conserver un pH stable, l’organisme consomme du bicarbonate et des protons H+ pour produire de l’eau et du CO2. En parallèle, il subit une réduction du taux de potassium et de calcium sanguin. Ces réductions conduisent à des arythmies cardiaques, des perturbations des contractions musculaires, des messages nerveux entraînant des syncopes et parfois un arrêt cardiaque.
« Ce phénomène, qui peut parfois conduire au décès en quelques heures, risque particulièrement de se produire lors d’un épisode caniculaire brutal, souligne Franck Bouchet, car même de courte durée, celui-ci crée un stress aigu chez les animaux . » Dans ce cas, les conséquences sont très visibles. Les animaux qui meurent les premiers sont ceux qui ont le plus de valeur : les truies allaitantes et, éventuellement, gestantes, ainsi que les porcs charcutiers en finition. Or la perte d’une truie en fin de gestation est estimée à 1
087
€ et celle d’un charcutier en finition à 152
€ (source
: IFIP, 2019).
Cependant, hors des épisodes de chaleur aiguë, la surchauffe chronique, même si elle produit des effets plus difficiles à mesurer, a également un impact négatif sur la santé du cheptel et sur ses performances. « Lorsque la chaleur s’installe, le porc tend à s’habituer en développant des phénomènes de compensation qui, s’ils lui permettent de survivre, ont un impact négatif sur ses performances », précise Franck Bouchet.