Relations amont-aval : Culture Viande jette de l’huile sur le feu
- Publié :
- Modifié :
- Auteur : Estelle POLETTE DE OLIVEIRA
Des méthodes ringardes
Sur le bien-être animal, le syndicat s’insurge qu’environ 1/3 des élevages, d’après lui, ne respecteraient pas les conditions « simplement règlementaires » de bien-être et s’interroge sur les responsables de cette situation. Concernant la biosécurité, les éleveurs et leur groupement sont là encore montrés du doigt : « la biosécurité reste une urgence non reconnue par trop d’éleveurs et insuffisamment imposée par les organisations de producteurs… » .
Mais c’est sans doute sur la qualité de la viande que Culture Viande s’acharne le plus. « 45 ans plus tard, la gamme des poids et ‘’l’équation maigre’’ (FOM-CGM-TVM-TMP) restent les seuls indicateurs d’une grille de plus-value indexée au prix unique du M.P.B. .C’est aussi ringard au vu des technologies actuelles pour mesurer la qualité des viandes que pénalisant pour les bons producteurs (choix génétiques, alimentation, conduite d’élevage…) » , précise le document. Et de continuer : « Viandes exsudatives, bicolores, dégénérées, odorantes, à mauvais pH, sont dévalorisées par les salaisonniers et les distributeurs sans que l’abatteur-découpeur en obtienne compensation… sauf à boycotter l’éleveur identifié. Et dire que certains partent en croisade pour faire bonifier le prix du mâle entier… »
Un Grenelle du porc?
Ensuite, après s’en être pris à Inaporc, Culture Viande dénonce l’organisation de l’amont : « Les groupements de producteurs et le syndicalisme amont, structurés tel un mille-feuille et présents à tous les stades de production n’ont pas changé de millénaire ! »
Enfin, après ces propos particulièrement opportuns pour conforter la confiance entre les maillons, le syndicat évoque la nécessité d’un « Grenelle du porc » qui réunirait l’ensemble des acteurs. Mais il présume que personne n’y participera avant que le prix du porc « ne passe sous le seuil de 1 euro/kg » .
Appelé le 26 novembre, le directeur délégué de Culture Viande, Paul Rouche, affirme que les déclarations de ce communiqué ont été « mal interprétées » . « Il ne faut pas y voir une attaque mais plutôt un état des lieux d’une situation à améliorer tous ensemble. On va rentrer dans une période difficile, il faut se protéger », tente-t-il de relativiser.
Du côté de l’amont, François Valy, président de la Fédération Nationale Porcine (FNP) estime que « ces propos sont irrespectueux envers les éleveurs, d’autant plus venant de personnes qui se garantissent toujours une marge sur leurs produits » . « Nous attribuer toute la responsabilité de la situation est un peu facile. Un simple exemple : par le passé, lorsque nous avons souhaité améliorer et moderniser la grille de paiement des porcs, immédiatement se sont les abatteurs qui s’y sont opposés », explique l’éleveur Morbihannais. Et de continuer « depuis longtemps on explique qu’à force de prix bas, un jour, l’abattage risque de manquer de porcs. Il semble qu’ils commencent enfin à redouter ce moment. »
Riposte de La Coopération Agricole
A noter : seulement deux heures après Culture Viande, La Coopération Agricole section porc, envoyait à son tour un communiqué indiquant que « les coopératives de la filière porcine qui représentent 93% de la production française ont décidé de mobiliser les moyens humains pour accompagner leurs éleveurs dans ce nouveau challenge de montée en gamme et de différenciation sur l’échiquier européen : fin décembre 2021 les éleveurs de nos organisations de producteurs seront prêts ».
Si le communiqué de Culture Viande n’est sans doute qu’un moyen tonitruant de montrer que le syndicat accepte enfin de participer aux débats sans pour autant baisser la garde, une chose est sûre, le climat ne semble pas propice au dialogue…
1 : Culture Viande est le syndicat qui fédère les principales entreprises françaises des viandes (abattage-découpe-préparation) du secteur de la viande bovine, ovine et porcine en France. Jean Paul Bigard en est le président et Emmanuel Commault le vise président.